Fiche n°11 : Le contraste visuel

Dans pratiquement tous les chapitres des annexes à la circulaire interministérielle n°DGUHC 2007-53 du 30 novembre 2007 relative à l’accessibilité des établissements recevant du public, des installations ouvertes au public et des bâtiments d’habitation, nous pouvons lire les mots « contraste » et « couleur ». Il est donc important de comprendre comment les couleurs nous apparaissent et pourquoi les contrastes sont indispensables.

Principe général :

Le principe le plus important à retenir est que la lumière engendre la couleur et donc les contrastes. “Pas de lumière, pas de couleurs, pas de contrastes” (voir fiche à venir « Un éclairage adapté »).

Qu’est-ce que la couleur ?

En réalité la couleur n’existe pas. Les objets qui nous entourent, n’ont pas de couleur par eux-mêmes, mais ils ont la propriété d’absorber ou de renvoyer les rayons lumineux. La lumière solaire blanche se décompose selon les couleurs conventionnelles : rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet (on parle aussi des couleurs de l’arc en ciel).

L’absorption de la lumière produit donc la plupart des couleurs que l’on observe dans la vie courante.

La plupart des substances, en particulier les pigments et colorants, absorbent certaines longueurs d’ondes plus que d’autres.

Prenons l’exemple d’une carotte :

La carotte contient une molécule appelée bêta-carotène qui absorbe les longueurs d’ondes entre le violet et le vert. Elles réfléchissent ce qui reste, la partie du spectre du rouge au vert, donnant la couleur orangée.

Autre exemple, le tube de gouache :

Prenons dans nos mains un tube de gouache marqué “bleu cyan”. Il est fermé.  À l’intérieur, les molécules de pigment sont incolores. Ouvrons-le : les rayons lumineux pénètrent et aussitôt les molécules absorbent toutes les radiations, sauf celles du bleu cyan qui sont alors réfléchies et immédiatement perçues par l’œil.

Mais les ondes lumineuses sont en fait incolores et la couleur naîtra dans notre cerveau par l’intermédiaire de nos yeux. On dit que l’œil et le cerveau sont chromogènes car ils produisent de la couleur. L’œil est un organe hautement spécialisé, destiné à la perception de la lumière. La couleur est donc une sensation perçue par son intermédiaire. Grâce au nerf optique, la rétine transmet au cerveau l’excitation sensorielle provoquée par la lumière. Le cerveau recueille et décode ce message. Nous transposons ensuite instinctivement le message dans le monde extérieur, attribuant par exemple  la couleur perçue à un objet réel (la carotte orange), c’est de la réalité objective (qui ne fait pas intervenir l’affect ou d’éléments affectifs).

Toutefois d’autres éléments peuvent intervenir dans le décodage des couleurs. C’est toute la part de l’inconscient.
Avec l’inconscient collectif qui nous fera rentrer dans le symbolisme des couleurs lié le plus souvent à notre culture. On parle aussi de psychologie ou langage des couleurs. Par exemple on imagine facilement le blanc comme symbole de pureté et d’innocence, il crée une impression de vide et d’infini. Le rouge magenta par contre a une force de rayonnement puissante, c’est la joie de vivre, le dynamisme, mais aussi la brutalité, c’est une couleur chaude qui attire le regard.
Avec l’inconscient individuel qui sera lié à nos expériences, notre vécu et notre éducation. Celui-ci pourra lier une ou des couleurs à nos sensations passées, bonnes ou mauvaises.
Avec les synesthésies (du grec syn, avec (union), et aesthesis, sensation, phénomène neurologique par lequel deux ou plusieurs sens sont associés) qui peuvent nous permettre de percevoir les couleurs par l’intermédiaire de nos autres sens. Nous pourrons par exemple grâce à l’odorat, au toucher, ou encore au goût, imaginer ou associer une couleur.

L’utilité des contrastes :

Appréhender et circuler dans un espace clos ou ouvert, repérer les équipements sont souvent “mission impossible” pour les personnes atteintes de déficiences sensorielles ou mentales, pour beaucoup de personnes âgées, mais aussi pour les personnes handicapées en fauteuil roulant dont le champ visuel est limité, lorsque les contrastes sont inexistants. Les architectes, designers, créateurs qui souvent proposent des volumes et des surfaces épurés doivent savoir qu’un espace “monochrome” et sans “reliefs” est une source de difficultés et d’angoisses pour de nombreuses personnes en situation de handicap ainsi que pour les personnes âgées, sans parler de l’insécurité réelle ou ressentie que peuvent engendrer de tels aménagements.
Il n’est évidemment pas question de remettre en cause la créativité de tous les acteurs d’un projet. Bien au contraire. Un peu de bon sens, de logique, de compréhension des besoins et de la réflexion permettent toujours d’imaginer l’accessibilité “universelle” dans des espaces beaux, confortables et pratiques. De plus en plus de réalisations ayant fait l’objet de concertations et de réflexions soignées sont des preuves objectives que l’accessibilité ne rime pas avec contrainte, laideur et impossibilité. Nous aimerions rappeler que « le but premier du design est d’inventer, d’améliorer ou de faciliter l’usage ou le processus d’un élément ayant à interagir avec un produit ou un service matériel ou virtuel. Un des rôles du design est donc de répondre à des besoins, de résoudre des problèmes, de proposer des solutions innovantes ou d’inventer de nouvelles possibilités dans le but d’améliorer la qualité de vie des êtres humains. La pluridisciplinarité se trouve par conséquent au cœur du travail du designer, dont la culture se nourrit aussi bien des arts, des techniques, des sciences humaines ou des sciences de la nature.» (source Wikipédia).

On parle de contrastes tactiles et de contrastes de couleurs.

Les textes réglementaires d’application de la loi du 11 février 2005 prévoient des valeurs minimales d’éclairement en lux mais aussi de pourcentage de contraste. Ces valeurs ne sont que des minima. Il pourra être nécessaire de les dépasser ponctuellement, par exemple pour des raisons de sécurité ou pour faciliter l’usage, le repérage et le guidage, la lecture, tout en gardant à l’esprit les objectifs de qualité d’usage ou encore de maîtrise des consommations d’énergie.

Il faut rappeler que le renforcement de la qualité de l’éclairage ne se traduit pas nécessairement par une augmentation de la valeur d’éclairement, mais passe souvent par une attention particulière portée au choix et à la disposition des luminaires, à la couleur de la lumière et donc au choix de la source lumineuse, mais aussi au choix des matériaux (murs, sols et plafonds) et aux choix de la signalétique, du mobilier et des appareils et équipements mis à la disposition des usagers et avec tout cela au choix des couleurs et des contrastes.

Points de vigilance :

Sur les cheminements intérieurs comme extérieurs, l’éclairage doit rester homogène et sans zone d’ombre afin que les couleurs et les contrastes soient préservés. Il faut toujours garder à l’esprit qu’un changement plus ou moins brutal dans l’ambiance lumineuse peut devenir angoissant pour les personnes handicapées visuelles ou mentales.
Etre plongé soudainement dans la pénombre ou l’obscurité peut désorienter et surtout provoquer une angoisse excessive chez les personnes malvoyantes ou handicapées mentales, mais aussi chez les personnes âgées et les enfants.

Lorsque l’éclairage est actionné par interrupteur ou tout autre dispositif manuel d’allumage de l’éclairage, ceux-ci devront obligatoirement être repérables et détectables dans toutes les situations. Ces dispositifs de commande seront équipés de témoins lumineux ou encore rétroéclairés et seront toujours contrastés visuellement et tactilement par rapport à leur support, il faudra donc éviter les boutons ou touches à effleurement.

La règlementation demande qu’un éclairage évite tout effet d’éblouissement direct des usagers en position assis comme debout. La qualité de l’éclairage, artificiel ou naturel sera traitée afin d’éviter toute gêne visuelle.

Il en ira de même pour l’éclairage de la signalétique. Qu’elle soit murale, suspendue, sur totem etc… il faudra éviter les reflets, les contrejours, l’éblouissement par une source lumineuse de face. Comme pour les appareils de commande, le contraste de couleur devra toujours être respecté et ainsi être mis en valeur par un éclairage ad hoc.

Des équipements et des surfaces différemment colorés aident et facilitent la réalisation d’activités quotidiennes et favorisent une meilleure perception de l’environnement (dimensions du local, localisation des équipements).

La visibilité d’un équipement ou la lisibilité d’une information dépend du contraste de couleurs et du contraste de luminance. Ainsi pour les cloisons, les interrupteurs, les prises de courant, le sol et les portes, il est recommandé que le contraste entre les couleurs de deux surfaces adjacentes soit égal ou supérieur à 70%.
Il faudra rester vigilant à préférer un revêtement ou un matériau d’aspect non-réfléchissant pour toutes les surfaces, à éviter des revêtements qui peuvent créer de la confusion dans l’esprit des personnes plus fragiles, tels que des revêtements à gros motifs.
Nous ne pouvons que conseiller de faire appel, dès le début d’un projet, à des professionnels de la “couleur”, de l’éclairage, de la signalétique.

Les couleurs ne se révèlent qu’avec la lumière. Qu’elle soit naturelle ou artificielle, il est essentiel d’imaginer et de mettre en place un éclairage de qualité lors de tout aménagement, il devra toujours faire l’objet d’une attention particulière. (Article à venir  “Un éclairage adapté”).

Des outils :

Un tableau de contraste couleur existe depuis quelques années et donne quelques pistes, basiques mais efficaces pour un choix d’association de couleurs primaires et secondaires en particulier lors du choix et de la fabrication de la signalétique d’un bâtiment.
Un fabricant de peinture français, ONIP, a également édité un nuancier professionnel pour permettre un choix d’harmonies de couleurs contrastées et répondant aux attentes en termes de décoration des entreprises et artisans peintres ainsi que des maîtres d’œuvre.
Enfin, ARGOS-Services a développé l’application pour smartphones “CONTRAST”. Celle-ci permet d’évaluer rapidement le pourcentage du contraste entre deux surfaces. Attention toutefois, les résultats obtenus restent liés à l’éclairage naturel ou artificiel du lieu et peuvent fortement varier en fonction de la luminosité ambiante.

Un outil similaire “calculateur de contrastes” est également disponible sur notre site Internet.

Le « Color Blindness Converter » est un outil de la société SIKKENS (fabricant de peinture) qui a été élaboré avec la société Blind Color (spécialisée dans les applications pour déficients visuels et le NEN (l’Afnor néerlandais)) pour pallier au problème de perception des couleurs lié au daltonisme.

Conclusion :

La couleur, est-elle une réalité ou une illusion ? Et le contraste, quel rôle joue-t-il ?
On peut parler pour la couleur d’effectivité ou d’apparence.
La couleur effective, c’est le pigment, la matière, sa réalité physico-chimique.
L’apparence colorée, c’est la sensation éprouvée par l’œil et le cerveau quand ils perçoivent une couleur. La réalité des couleurs reçoit alors “son contenu et son sens humain. Mais l’œil et la raison ne peuvent arriver à des perceptions claires que par comparaison ou contraste. Une couleur ne peut prendre sa valeur que par son rapport avec une absence de couleur, comme le noir, le blanc, le gris ou bien une seconde ou même plusieurs couleurs. La perception de la couleur est sa réalité psychophysique“ (Johannes Itten, l’Art de la couleur).

 

Sources : Wikipédia, La couleur et ses accords (édition Fleurus Idées).

Auteur : Philippe Laguilliez, ARGOS-Services 06/2015